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Tous fichés, tous surveillés : le nouveau Big Brother

samedi 22 octobre 2011, par LDH-Ales

Dossier. Alors que les fichiers de police se sont multipliés, les géants du high-tech sont les nouveaux rois du flicage. Etat et privé amassent des milliards de données personnelles, souvent en toute illégalité. Vous avez dit Big Brother ?

extraits

La surveillance étatique, plus forte que jamais

Big Brother, voilà la nouvelle peur moderne. Le climat s’y prête  : des journalistes espionnés, la compagne de François Hollande surveillée par les RG, si l’on en croit "l’Express" ; bref, l’époque est au retour des barbouzes. Dans "1984", George Orwell imaginait Big Brother étatique, omniprésent, tout-puissant. Les services de police disposent aujourd’hui de technologies qui feraient frissonner l’écrivain anglais. Biométrie, puces GPS, reconnaissance faciale… Mais le flicage n’est plus l’apanage de l’Etat. Il est aussi l’œuvre d’officines privées et, surtout, des seigneurs du réseau et des rois des télécoms. Le terrorisme et l’innovation ont été ses promoteurs les plus efficaces.

Stockés dans les ordinateurs des commissariats, des services de renseignement et des entreprises high-tech  : échantillons ADN, empreintes numérisées, photographies, noms, prénoms, adresses, tailles, poids, goûts… "Aujourd’hui, tout le monde est fiché au moins une fois quelque part, s’insurge Alex Türk, ex-président de la Cnil. Sans qu’on sache où, ni pourquoi, ni combien de temps."

673 000 caméras sur tout le territoire

Le nouveau Big Brother a mille visages. La vidéosurveillance, d’abord  : 673 000 caméras sur tout le territoire (voie publique, commerces, gares, stations de métro, entreprises, etc.), selon le ministère de l’Intérieur. A Valenciennes (Nord), les policiers n’ont même plus besoin de descendre dans la rue pour verbaliser. Les plaques d’immatriculation sont identifiées par caméra et le PV envoyé automatiquement au domicile de l’automobiliste. Et ce n’est qu’un début. La police réfléchit à un fichier qui classerait les images de vidéosurveillance via un système de reconnaissance faciale. Il suffira que l’infraction et le suspect soient filmés pour que le logiciel puisse comparer avec les faciès répertoriés. L’outil proposera alors une liste de suspects potentiels, par ordre de ressemblance.

Les forces de l’ordre ont aussi des "oreilles" : les 63,8 millions de mobiles français. Dans les enquêtes judiciaires, une fois obtenue la commission rogatoire, les policiers n’ont plus qu’un code à entrer sur leur table d’écoute pour espionner les conversations du suspect. Les citoyens "irréprochables" ne sont pas à l’abri, eux, d’une surveillance dite "administrative". Ils se retrouvent alors dans la ligne de mire de la Direction centrale du Renseignement intérieur (DCRI), née de la fusion des RG et de la DST. Un épiphénomène  ? Pas vraiment. En 2010, le gendarme des écoutes, la Commission nationale de Contrôle des Interceptions de Sécurité (CNCIS) a validé près de 6 000 "interceptions de sécurité" (mises sous surveillance à la demande du gouvernement de lignes mobiles, filaires ou internet)  : 18% de plus que l’année précédente  ! Sans compter les interceptions non validées par la CNCIS, comme on l’a vu dans l’affaire des fadettes des journalistes du "Monde".

Une nouvelle race de mouchards prolifère

Mais l’espion le plus redoutable n’est pas forcément l’Etat. Une nouvelle race de mouchards prolifère  : les "mini-Big Brothers", pour reprendre le terme d’Alex Türk. Minuscules, indécelables, invisibles à l’œil nu. Ces nanotechnologies sont les nouveaux joujoux des entreprises 2.0. Il s’agit des puces électroniques que l’on trouve dans les cartes et, surtout, des logiciels des téléphones new age. Ils permettent de connaître en temps réel la position exacte d’un individu grâce à son portable, le plus redoutable des délateurs. MapMyMobiles, de la société MappingControl, propose par exemple aux parents inquiets de "savoir à tout moment où est son ado". Une version existe pour les employeurs  : des boîtiers GPS placés discrètement dans les voitures de fonction suivent à la trace les employés. Mais c’est avec les réseaux sociaux que le néo-Big Brother est le plus pernicieux. Celui-là est jovial, amical, égotique. Il propose aux citoyens de se ficher eux-mêmes…[...]

Tristan Berteloot, Jérôme Hourdeaux et Boris Manenti - Le Nouvel Observateur

Retrouver l’intégralité du dossier "Tous fichés" dans l’hebdomadaire du mercredi 19 octobre 2011

http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20111017.OBS2654/tous-fiches-tous-surveilles-le-nouveau-big-brother.html

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