LDH Alès

interrogations d’un prof d’EPS en collège

jeudi 30 décembre 2010, par LDH-Ales

J’ai énormément de mal à trouver ma place en tant qu’enseignant d’EPS, en tant qu’enseignant tout court, et enfin en tant que citoyen dans cette démarche de validation des compétences requise par la circulaire du 18 Juin 2010 (Livret personnel de compétence).

L’EPS ne fait pas partie du socle commun, le « savoir nager » fait partie de la compétence N° 7, malheureusement faute de piscine, nous ne l’enseignons pas donc nous ne l’évaluons pas.
En tant qu’enseignant : les libellés proposés sont très loin des contenus scolaires que nous enseignons et dont nous vérifions l’acquisition. Passer des ces contenus scolaires aux éventuelles compétences sous jacentes évoquées relève de conjectures et hypothèses pour le moins hasardeuses. L’approche par les compétences serait-elle devenue une pédagogie officielle, obligatoire ?
Que reste-il de notre liberté et notre autonomie pédagogique pourtant reconnues par les textes. La sophistication de l’outil cache mal les failles du raisonnement, un raisonnement erroné porté par un outil aussi puissant …
Enseignant l’escalade, du point de vue didactique, je sais ce que veut dire être autonome en escalade. Je peux décrire des niveaux d’autonomie correspondant à des compétences de complexité croissante. Je vois à peu près ce que peut vouloir dire « s’investir dans la construction autonome d’un enchainement gymnique ». Mais je sais aussi que l’un ne prédispose pas à l’autre. Evaluer quelqu’un quand à sa compétence générale « être autonome dans son travail » pose plus de question que de réponse ( la question du travail , lequel ? celui, celui là ponctuellement ou dans tous les domaines à tous les coups, le travail prescrit ou le travail choisi ? désiré ou imposé ? indépendamment du niveau d’expertise ?). Nous voyons bien qu’une même réponse générale n’a pas beaucoup de sens. Quand à « Mobiliser à bon escient ses capacités motrices dans le cadre d’une pratique physique (sportive ou artistique) adaptée à son potentiel », cela veut dire en clair : « faire ce qu’il faut pour réussir un truc faisable. !!!! »
Ces croix là, je vais avoir du mal à les mettre … comme à ne pas les mettre d’ailleurs.

En tant que citoyen je suis inquiet de voir cette base de renseignements rassemblant des énoncés tellement vagues et subjectifs qu’on peut leur faire dire ce qu’on veut en la remplissant comme en l’utilisant. Je m’inquiète de son usage, s’agit t-il réellement d’informer les familles des progrès fait par leur enfant … Je m’inquiète des garanties qu’offre ce recueil informatisé des données personnelles … Du respect du droit que chacun devrait avoir à s’opposer à ce type de compilation… du droit à l’accès (pour qui) ; du droit à rectification … de leur sécurisation, du croisement déjà prévu avec d’autres fichiers, d’autres applications, du lieu de stockage, de la durée de conservation des données… L’expérience de base élève n’est pas là pour me rassurer. Par deux décisions rendues le 19 juillet 2010 sur la « Base élèves 1er degré » (« BE1D ») et la « Base nationale des identifiants élèves » (« BNIE »), le Conseil d’État a notamment annulé les dispositions de l’arrêté du ministère qui interdisaient l’exercice du droit d’opposition.
Je me demande avec ce type de démarche, animé par ce type d’intention ce qu’il peut advenir du droit à l’oubli, du droit à changer, à s’amender. Je me demande enfin si nous n’assistons à la création d’un C.V. Electronique intégral …. Pour quel usage ?

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