LDH Alès
Accueil du site > Infos Locales > témoignages 19 octobre 2010 > témoignage d’un militant de la LDH

témoignage d’un militant de la LDH

mercredi 20 octobre 2010, par LDH-Ales

Actuellement et depuis quelques jours il y a une moyenne de 100 arrestations par jour en France, ce matin dans une petite ville de Province, nous avons eu droit à une dizaine de tirs lacrymos, une personne âgée a reçu une grenade en pleine tête, il y a eu des arrestations, si bien qu’à force certains ont commencé à s’énerver et il y a eu des affrontements pas très méchants, mais quand même c’est toujours impressionnant, l’escalade s’est faite progressivement.

Quelques manifestants secouent les grilles, 2 puissants jets de gaz sont lancés en douce par 2 flics planqués et là pouf ça part ! Quelqu’un incendie la rangée de poubelles, pas de pompiers puisqu’ils sont en grève et dans la manif avec nous. Je n’ai pas été témoin direct de cela, on me l’a rapporté.

Dispersion, regroupement, certains tentent d’aller envahir la sous préf par derrière, 5 gardes mobiles, casques et bouclier fendent la foule pour courrir à l’arrière, ils sont alors poursuivis par une centaine de manifestants, on entend de ci de là "putain on aurait du les plaquer contre le mur ils sont fous les mecs de foncer à 5 comme ça" pendant ce temps arrestation à l’avant, nouvelle avancée sur la sous préf, et nouveaux jets de gaz.
La manifestation se rend au commissariat, une délégation de la ligue des droits de l’homme va parlementer avec 2 officiers de police à travers la grille, la personne arrêtée ne sera pas poursuivie, elle est bien traitée, juste un jeune qui rêve de devenir journaliste, et qui s’est un peu trop approché du coeur de l’action, il sera relaché dès que son père sera là, on me demande de calmer les manifestants, je réponds que je ne vais pas calmer 3000 personnes excitées avec ma frêle voix, des jeunes rentrent dans le bocal ( un sas en verre ) et commencent à invectiver la police, la LDH se retire, laissant les jeunes dans le bocal, non sans les prévenir qu’il faut laisser un espace de dégagement car les gaz vont partir et si des gens sont coincés dans le bocal à ce moment là , c’est pas bon pour eux, à peine la phrase terminée, les gazs sont à nouveau lancés, les manifestants reculent, l’officier nous rappelle mais impossible de s’approcher, à cause des gaz non dissipés, nous nous présentons alors par derrière, mais pendant ce temps des manifestants commencent à s’agglutiner derrière nous et on nous dit que nous sommes attendus sur le devant, nous y retournons. Nous recommençons à parlementer, nous expliquons aux manifestants dans le bocal qu’il faut libérer l’entrée, le temps que le père du jeune arrêté puisse rentrer, pendant ce temps jet de gaz par l’arrière du commissariat+ charge des gardes mobiles, nouveau reflux, puis nouvelle avancée des manifestants. Une tomate vole, puis 2, et enfin une troisième, alors les gardes mobiles viennent former une rangée devant le commissariat, je me retrouve coincé entre les GM et l’entrée, je lève les bras montre mon badge LDH bien visible et je rejoins mon camp celui des manifestants, "ils ont chargé arrêtez de négocier" nous disent quelques manifestants. nouvelle série de gaz et nouvelle charge sur l’arrière, des manifestants tentent alors de monter une barricade, je me place devant les GM et je leur dis "on est dans la même galère, refusez d’obéir, refusez de taper les citoyens, on est tous dans le même camp", nouvelle série de gaz quelques minutes après, nouveau reflux des manifestants qui bloquent alors le rond point le plus proche. Puis on y retourne, bref au bout de 3 allers retours supplémentaires, après plusieurs charges de GM, beaucoup de gens renoncent, personnes âgées, parents accompagnés d’enfants, je tente de calmer plusieurs lycéens vraiment révoltés et proche de faire une grosse connerie, j’avoue que moi même j’avais des pulsions de violence, je me disais que vu l’état de la foule, si un flic se retrouvait isolé, il risquait vraiment de prendre très cher, je maitrise mes pulsions je récupère mon ado et je fais preuve d’autorité pour l’obliger à se retirer définitivement du lieu, je ne sais donc pas combien de charges et de jets il y a eu ensuite , mais 30 minutes après tout le monde était dispersé. bilan, 1 , 2 ou 3 arrestations qui viennent s’ajouter à celles du 23 septembre où 2 lycéens (dont l’un de 14 ans) ont été arrêtés et leur ADN prélevé au mépris de toutes les procédures, pas informé de ses droits, déposition signée et avoeux sans garde à vue donc sans caméra sans avocat et sans médecin, et à chaque fois l’impression qu’une personne a été choisie arbitrairement dans la foule suite à un débordement engendré par les provocations de la police quand ce n’est pas comme aujourd’hui elle qui enclenche la spirale de la violence. Toutes ces arrestations comme la centaine d’autres arrestations quotidiennes en France depuis Jeudi s’accompagnent souvent d’une justice d’abattage par comparution immédiate dénoncée part le syndicat de la magistrature et les organisations militantes pour les droits de l’homme systématiquement depuis 2005 soit depuis la LOPSI2 de Sarkozy, il est le seul responsable de cette situation de blocage absurde qui conduit des fonctionnaires à traumatiser nos enfants comme par exemple à Fontainebleau.

Combien de camarades en justice depuis 2005 ? Combien de gens injustement condamnés pour avoir lutté contre une loi inique : le CPE déclaré hors la loi depuis par les institutions européennes à cause de son aspect discriminatoire à l’égard de la jeunesse.

Le drame c’est que les lanceurs d’alertes ne sont pas entendus...Et d’un coup les gens semblent se réveiller dès qu’ils sont concernés pour eux, pour leur enfant, pour leur frère ou leur père ou leur mère qui vient de subir des violences policières ou de se faire arrêter arbitrairement...

Webmestre : Benjamin Deceuninck | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0